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63 dates cet été, mais qui est Xavier ?

Rencontre avec Xavier, musicien protéiforme aux multiples projets.

Stop II : Blues/Country/Punk, Astaffort Mods : rap bourru à l’accent du 47, Miss Arkansas 94 : Rock/Noise/Psychedelique/Electro, Gendarmery : Boys band au service de la communauté, Zorro du cul : DJ masqué capable de mixer tout en préparant une fondue savoyarde, qui est l’homme discret qui se cache derrière tous ces projets musicaux et qui s’affiche sur toutes les scènes cet été ?

 

Si tu fais des grands écarts musicaux, il y a une chose en commun dans tous tes projets : tu prends très au sérieux ton rôle de mec pas sérieux. D’où te viennent toutes ces idées ?

Je vois ça un peu comme un enfant qui aurait un énorme coffre à jouer, une belle malle à déguisements au milieu de sa chambre. J’utilise ceux qui me parlent et qui me font plaisir, là où je sens que le terrain de jeu est propice. Je me raconte des histoires avant tout, puis j’essaie de les raconter aux autres. Ça remonte à ma période Playmobil !
Ces idées viennent tantôt de bonnes rigolades avec mes amis/collègues (c’est le cas de Gendarmery, Astaffort Mods ou Zorro du Cul) ou d’affinités communes pour des genres musicaux, comme le blues trash et la country crasseuse avec mon ami Olivier Besseron au sein de Stop II, ou encore d’exploration libre sur la noise, l’electro et le krautrock avec Miss Arkansas 1993.

Tu as une tenue de scène bien différente pour chacun de tes personnages, on peut parfois parler de déguisements. Est-ce pour te cacher ou es-tu tous ces personnages à fois ?

Je suis tous ces personnages à la fois mais j’aime bien le fait que le public ne puisse pas tout de suite me reconnaître d’une proposition à une autre. Même si au final j’aime que tous ces personnages évoquent communément du décalage, de la tendresse, voir de la naïveté. Pour cela, bien sûr, j’utilise le costume, l’uniforme, l’accent, l’attitude, la gestuelle… bref, le masque. Ce n’est pas pour me cacher, c’est pour mieux aller à l’essentiel, c’est un moyen d’expression pour mieux toucher les gens. « Give a man a mask and he will tell you the truth » (donne un masque à un homme et il te dira la vérité). Cette citation d’Oscar Wilde est une de mes devises. C’est d’ailleurs le titre d’un morceau de Stop II !

Il semble que ce soit ton année et la première d’une longue série j’espère. Tu as compté combien de fois tu montais sur scène cet été ? La liste est impressionnante !

Entre juin et septembre je compte environ 65 dates. Beaucoup avec Astaffort Mods qui se retrouve programmé sur pas mal de lieux ou festivals cet été. L’avantage de la formule, comme avec Gendarmery d’ailleurs, est la légèreté sur le matériel. Nous demandons peu de choses et voyageons léger. Notre fiche technique tient sur une feuille de papier à rouler ! Ça permet de bouger en train, en avion ou en mobylette !
Avec Stop II ou Miss Arkansas 1993, il y a un peu plus de matériel mais cela reste très raisonnable puisque le tout loge dans ma petite voiture.

Le premier album d’Astaffort Mods est sorti en septembre ça a tout de suite pris. Qu’est-ce que les gens aiment dans ce groupe ?

Je pense que les gens aiment bien ce côté griot. On raconte des histoires sur des boucles. C’est du conte, ni plus ni moins. On invente un village avec ses personnages et ses péripéties. À la manière de South Park dont nous sommes fans inconditionnels tous les trois. De plus il y a le côté exutoire qui plaît aussi je pense. Nous nous sommes créés un espace où l’on peut râler sur tout, sur l’incohérence et l’absurdité des choses qui nous entourent. Aucun sujet n’est censuré mais nous n’allons jamais dans la méchanceté pour autant. Pas mal de gens se retrouvent là dedans forcément.
Bien sûr, au départ de tout ça, il y a Sleaford Mods. Ce groupe est pour moi une des grosses claques de ces dernières années. Astaffort Mods est un clin d’œil, une révérence. Le propos des anglais est toutefois plus engagé politiquement et socialement. Nous, nous prenons des chemins de traverse, comme dirait notre ami Francis !

Dans un style encore plus drôle il y a Gendarmery, qui est un spectacle musical humoristique, que certains peuvent prendre au au premier degré, qui colle aussi la banane* au public.
* Les jeunes me pardonneront-ils cette expression ?

Gendarmery est une belle arnaque mais pas que ! Le but premier est la surprise, la fausse descente de gendarmes qui vient casser la soirée. Les chansons et les chorégraphies sont très exigeantes en terme d’écriture. C’est un vrai boy’s band. On a besoin d’être sérieux et d’y croire pour mieux le faire croire au public. Un peu comme dans les films de Will Ferrell, encore un artiste que j’adore et qui me fait énormément rire. Il y a la partition et la partie improvisation avec le public. Les gens se rendent comptent que tout cela est faux et deviennent alors complices de la supercherie. Il y a parfois des gens persuadés qu’ils ont eu affaire à deux gendarmes. C’était le cas d’un journaliste de Ouest France lors du festival Rustine à Craon en 2018. Le reporter a beaucoup aimé notre prestation et a souhaité réaliser une interview avec nous pour couvrir l’évènement. Dès les premières questions nous avons compris, mon collègue et moi, qu’il ne plaisantait pas et avait pris tout ceci au premier degré. Nous avons donc pris cette perche tendue pour mieux répondre à côté et continuer d’alimenter la blague. Le lendemain matin, je suis allé acheter le journal au PMU du coin et j’ai bien ri en buvant mon café !

Stop II et Miss Arkansas 94 sont des formations plus « traditionnelles » et plus anciennes. Tu peux nous en dire deux mots ?

Pour Stop II, c’est un mélange de musiques traditionnelles blues et country s’appuyant sur des artistes comme Hank Williams, Jonny Cash, Blind Willie Johnson ou Lighntin’ Hopkins et des artistes plus récents avec un son plus rageur et plus punk comme Bob Log III, Scott H.Biram. Des choses qui tapent un peu à côté de tout ça aussi, comme Motörhead ou Public Ennemy.
Pour Miss Arkansas 1993, je vais volontiers chercher des choses dansantes, tendues, hypnotiques et répétitives. Je suis un véritable fan d’Alan Véga et Suicide et je crois que cela s’entend sur ce projet là.

Qui sont tous tes personnages de DJ ?

Essentiellement deux : Zorro du Cul, à la fois performeur et dj dans un registre bière et rock’n’roll. Et de temps à autres Prince Pacific, dans un univers plus gin tonic et calypso. Mais au final, les deux se rejoignent et le but reste le même : faire danser les gens !

Quels sont tes projets ? De nouveaux styles ? De nouveaux personnages ?

Plein de choses se bousculent ! Un nouvel album à venir avec Astaffort Mods. Avec Stop II aussi. J’envisage également un premier album avec Miss Arkansas 1993. Des dates bien sûr, aller plus loin, plus longtemps… et un projet théâtral, musical et vidéo en solo rassemblant plein de personnages différents. J’ai déjà commencé mais je prends le temps de faire quelque chose de bien, d’abouti. Un peu Les Quatre Saisons de Vivaldi au pays de la connerie !
À plus long terme, je pense me calmer un peu sur les tournées, écrire des nouvelles, des essais, faire de la programmation sur un lieu ou un évènement ponctuel et surtout des bbq avec les copains !

Merci Xavier pour cette interview. Plein de succès à tes projets sur GAIAR et toutes les scènes à venir !

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Interview réalisée par Delphine le 6 août 2019, France.
Photos : Eric Guyot (Astaffort Mods) et Willhelm Mars (Gendarmery)